La Suisse doit se montrer forte mais pas naïve

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Les journaux ne font qu’en parler, mais bien peu de personnes s’intéressent profondément aux âpres négociations que mènent actuellement le DFAE, DFJP et DFF pour sauver ce qu’on appelle désormais médiatiquement la « place financière suisse ». La réputation des milieux financiers helvétiques et la place de notre pays dans une Europe en quête désespérée d’argent bien plus que les comptes de quelques personnes fortunées sont ici remises en cause. Nombreuses sont les personnes à critiquer l’action passée et actuelle du Conseil fédéral mais il est impératif de garder à l’esprit que la diplomatie, de plus quand elle vise à acquérir ou défendre des biens d’une valeur inestimable, est extrêmement complexe et fait intervenir des facteurs multiples. Laisser un instant notre fierté nationale de côté afin d’être lucide permet de dresser un sinistre tableau de la situation: les Etats-Unis, bien que première puissance mondiale affaiblie, restent une nation que personne en Europe ne saurait affronter à armes égales, surtout pas la Suisse. La tradition diplomatique est également fort différente entre les deux pays. La Confédération a depuis des années une réputation de diplomatie intelligente, négociatrice et efficace (ce qui lui permet par exemple de représenter les intérêts américains en Iran) alors que les Etats-Unis usent depuis 1914-18 d’une diplomatie féroce et agressive, laissant peu de place aux négociations qui nous sont si chères. Ces différences rendent les discussions difficiles, peut-être même impossibles. Et il est fort probable que la situation ne s’améliore guère: un sursaut d’orgueil de la Suisse pourrait signifier une fermeture même partielle du marché américain aux entreprises suisses, principalement les banques, ce que notre pays ne pourrait guère se permettre. Doit-on néanmoins se laisser tout dicter par Washington?

La situation est bien différente avec nos voisins, à l’exception notable de la France. Les accords fiscaux avec l’Allemagne, la Grande-Bretagne et l’Autriche sont une solution qui affaiblit la Suisse tout en sauvegardant, d’une certaine manière certes, notre système financier. Il est impossible de revenir au statu quo, nos voisins s’étant aventurés bien trop loin dans la défense de leurs exigences. La gauche, suisse comme allemande (en mentionnant au passage que le parti d’opposition SPD allemand est, d’un point de vue suisse, bien plus un parti de centre et qui défend tout de même l’économie libérale). veut une parfaite transparence et surtout que les citoyens, quel que soit leur lieu d’habitation, paient leurs impôts. Le but est « noble », pour ainsi dire, mais il va fondamentalement à l’encontre du droit suisse et de sa politique. Une autre solution que celle des accord fiscaux paraît donc inenvisageable, à moins de bouleverser notre droit, nos lois et la politique qui est la nôtre depuis tant d’années. La difficulté réside dans le fait qu’au-delà des positions du SPD, l’Allemagne a été trop habituée à imposer ses décisions à toute l’Europe, de grandes nations comprises, pour négocier « armes égales » avec la « petite » Suisse. Il est donc juste de se montrer fort, de montrer que notre pays est entièrement indépendant, d’un point de vue politique et fiscal, de l’Europe (et du monde). Rappeler, comme l’a fait Tim Guldimann, notre ambassadeur à Berlin, que la Suisse est un partenaire avec lequel on discute de face à face, sans imposer des décisions unilatérales.

L’Amérique latine peut, aussi incroyablement que cela peut puisse paraître, nous servir d’exemple. Il s’agit en effet d’un continent où de petits pays (Paraguay, Nicaragua, Equateur,…) ont appris à tenir tête à de grands pays comme les Etats-Unis, le Brésil ou l’Argentine, en défendant par exemple leurs modèles économiques ou des changements politiques. Ceux-ci peuvent bien sûr être critiqués mais l’idée qui en ressort est qu’un pays, aussi petit et insignifiant soit-il, peut réussir à rester souverain et à se défendre contre ses voisins ou la communauté internationale. La Suisse elle est un pays admiré et respecté dans le monde entier, avec des diplomates réputés  une réputation d’excellence et de neutralité, qui a le droit de défendre ses revendications et ses lois dans le monde entier, quitte à faire certains sacrifices (en reprenant ici l’exemple cité ci-dessus).
Se montrer fort doit néanmoins pas dire se montrer naïf: la diplomatie est une science extrêmement complexe et les intérêts qui y sont représentés sont extrêmement variés. La puissance écrasante de l’Allemagne en Europe n’est pas imaginée et les allemands sont conscients du pouvoir, notamment diplomatique, qu’ils ont acquis. Les accord fiscaux sont une solution idéale pour redorer l’image de la Suisse en Europe, lui redonner un statut de partenaire « fiable » et avant tout relancer le commerce et la diplomatie avec nos voisins qui depuis des années maintenant souffre de ces différends. Ils demandent des sacrifices, mais le prix en vaut la peine, car nous transmettrions à nos enfants une Suisse « régularisée » et mettrions fin à des années de conflits avec nos voisins, partenaires économiques et énergétiques dont nous dépendons. Il faut donc impérativement que le DFAE continue de montrer à l’Allemagne que nous sommes un pays souverain, indépendant et avec des lois et politiques différentes qu’il faut accepter, tout en négociant pour que ces accords puissent être signés. Malgré les barrières du parti SPD, il est encore possible que ces accords soient avalisés mais il faut pour cela que nous, Suisses, les acceptions également.
Pour que notre pays puisse redorer son image et relancer sa diplomatie, pour revenir à des relations stables avec nos voisins qui nous sont indispensables, il est impératif d’accepter et de soutenir les accords fiscaux « Rubik », tout comme l’excellent travail que fournissent globalement le Conseil fédéral et surtout le département fédéral des affaires étrangères.
Victor Braune

http://www.jlrv.ch/2012/09/la-suisse-doit-se-montrer-forte-mais-pas-naive/

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